La question du consentement dans les sociétés de contrôle Communication donnée le 10 juin 2016 pour l’ADC Languedoc-Roussillon

Alain GUYARD

 

20160610_110404Les sociétés de souverainetés ne sont pas plus obscurantistes ou asservissantes que les sociétés post-Lumières. En vérité, le passage de l’une à l’autre ne s’est pas fait pas un gain de liberté, mais par l’irruption, dans le champ des sciences et des techniques pré-industrielles de nouvelles technologiques, adaptées à ce nouvel objet de rationalisation productrice qui s’appelle la société.

 

Ce qui caractérise la société de souveraineté ? un pouvoir absolutiste où le pouvoir peut faire mourir et laisse vivre. Ce qui caractérise les sociétés disciplinaires ? Faire vivre et laisser mourir. Le pouvoir, d’absolutiste, se fait adminsitratrif, et sa mise en place s’étage du dix-septième au dix-neuvième siècle.

 

Nul, mieux que Foucault, n’a dépeint les sociétés disciplinaires. Ainsi :

« Par conséquent, il faut faire l’histoire non seulement des techniques industrielles mais aussi des techniques politiques… Il y a cette technologie que j’appellerai « discipline ». La discipline est au fond le mécanisme de pouvoir par lequel nous arrivons à contrôler le corps social jusqu’aux éléments les plus ténus, par lequel nous arrivons à atteindre les atomes sociaux eux-mêmes, c’est-à-dire les individus. Technique de l’individualisation du pouvoir. Comment surveiller quelqu’un, comment contrôler sa conduite, son comportement, ses aptitudes, comment intensifier sa performance, multiplier ses capacités, comment le mettre à la place où il sera le plus utile : voilà ce qu’est à mon sens, la discipline. » M. Foucault, « Les mailles du pouvoir » Conférence prononcée à la faculté de philosophie de l’université de Bahia, 1976. Dits Ecrits tome IV texte n° 297, n°315.

 

Les sociétés disciplinaires recourent au biopouvoir et à la microphysique du pouvoir. Ainsi ne peut-on pas parler de liberté conquise, mais bien de la fabrication d’un peuple en même temps que se fabriquent les condition de sa coercition.

 

Pour autant, Deleuze voudra poursuivre l’œuvre de son ami, et pressentira, derrière les sociétés disciplinaires, des sociétés de contrôle, qui transposent le champ de l’aliénation à la subjectivité et au désir. « Ce sont les sociétés de contrôle qui sont en train de remplacer les sociétés disciplinaires. Les enfermements sont des moules, des moulages distincts, mais les contrôlés sont des modulations, comme un moulage autodéformant qui changerait continûment, d’un instant à l’autre, ou comme un tamis dont les mailles changeraient d’un point à l’autre. L’homme des disciplines était un producteur discontinu d’énergie, mais l’homme du contrôle est plutôt ondulatoire, mis en orbite sur faisceaux continu. Partout le surf a supplanté  les vieux sports. » Deleuze, « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle », in L’autre journal, n°1, mai 1990

 

Alors la question du consentement n’est plus à poser en des termes naïfs de libre-arbitre ou de liberté, mais en des termes d’éthique et de politique. Alors la dépression sociale est la conséquence d’une politique de la vacuité, et c’est dorénavant le champ du désir qu’il s’agit de réinvestir dans les institutions à caractère social, parce qu’il est simultanément le lieu de la re-création de nouveaux rapports sociaux et l’expérimentation renouvelée du politique.

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